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Elucubrations

Mercredi 5 décembre 2007

Je viens de m’apercevoir que j’écrivais en hiver. C’est curieux. Le fait est que non seulement j’écris en hiver, mais j’écris aussi pour l’hiver.  J’ai besoin de ressentir pleinement une certaine sensation. Cette sensation que l’on ressent lorsque l’on habite une vieille maison mal chauffée, assis dans un fauteuil moelleux, au coin du feu, un plaid sur les jambes. J’entends presque le tic-tac d’une comtoise rythmer le court du temps. Je m’imagine dans un tricot de laine fait à la main, de ceux qui ont de gros boutons marrons. J’entends le crépitement du feu. De temps en temps, une explosion miniature provoque une gerbe d’étincelles dans l’âtre. L’odeur que dégage la cheminée emplis mes narines. Voilà que s’y mêle celle des châtaignes grillées, que l’on déguste tout juste sorties de la poêle à trous rouillée.

Serais-je donc un jeune vieux ? Je rêve d’une vie de retraité alors que je n’ai qu’à peine trente ans. Je rêve de cette vie d’autre fois. De ce rythme de vie imposé par les saisons. J’ai envie de me lever le matin dans une maison froide, d’avoir à raviver les braises dans une épaisse robe de chambre avant de pouvoir m’attabler devant un de ces bols en terre cuite émaillée dans lequel le café n’est bon que s’il est mélangé à de la chicorée et que des yeux de beurre fondu de forme à sa surface à force de trempage de tartines. Des tartines coupées dans une baguette vieille de 2 jours mais que l’humidité ambiante a laissée molle, caoutchouteuse même. Et ce beurre fermier qui n’est jamais dur…

Débarbouillé en vitesse dans une salle de bain à 15°C, je me vois sortir dans la cour, accueilli par deux bâtards, pour aller au jardin ou à la cave récupérer deux ou trois pommes de terre, quelques carottes et poireaux. Je ressens les brins d’herbe se briser sous ma semelle à mesure que je les écrase sur une terre gelée, me dirigeant vers un poulailler ou je ramasse les trois œufs que des poules bientôt trop vieilles pour pondre auraient aimé couver. Après avoir déposé ma récolte en cuisine, je vais à l’atelier pour bricoler un peu, réparer un outil, affûter une lame. Un atelier si exigu qu’au bout un quart d’heure mon corps suffit à le chauffer assez pour que j’y travailles en T-shirt.

En fin de matinée, je m’en vais retrouver les légumes rentrés plus tôt. Lavage, épluchage, les épluchures finiront au fumier. Je les mets à cuire sur la cuisinière à bois qui chauffe aussi la pièce avec quelques morceaux de viande sortis d’un congélateur dont les ressources s’amenuisent au fur et à mesure que la saison avance. Le déjeuné du jour sera fait d’une omelette et de pommes de terre sautées. Le dîner mijotera sur la cuisinière tout le reste de la journée. J’imagine que l’après-midi devrait être remplis en fendant quelques bûches, en rafraîchissant la litière d’une chèvre laitière ou par une partie de cartes avec quelque voisin.

La soirée commence avec le dîner en tête à tête avec une animatrice des informations régionales de 36 centimètres de diagonale. Une fois ces deux rituels terminés, la vaisselle égouttant à coté de l’évier, je rejoins un salon pour lire au coin du feu. Ou bien un autre, mais sans comtoise celui là, pour regarder plus confortablement un film, quelque série télévisée ou peut-être même pousserais-je ma vieillesse jusqu’à m’éclater devant une spéciale de Questions pour un champion pendant qu’une brique chauffe dans les braises de la cheminée.

La fatigue me gagnant, la journée se termine dans la chambre. Je réchauffe les draps avec la brique avant de me glisser sous un édredon de plumes dont le poids remplace la chaleur d’un corps aimé jamais rencontré. Je sombre ainsi dans le sommeil. Ayant travaillé pour moi, ayant sué pour ma propre subsistance.

 

Par Gui²
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Jeudi 21 décembre 2006
Nos sciences sont basées sur nos observations et les déductions que on peut en faire. Pourtant jamais dans notre éducation on ne nous apprend ce qu'est réellement l'observation. On nous fait relever des valeurs au voltmètre, on nous apprend à prévoir par le calcul des valeurs que l'on vérifie ensuite expérimentalement. Pourtant jamais on ne verbalise le fait que nous observons nécessairement un phénomène passé et tout ce que cela implique.

Le présent n’existe que parce qu’il est passé.

La démonstration est simple : quand nous touchons quelque chose, il faut un certain temps à nos nerfs pour transmettre l'information à notre système nerveux central qui lui-même mets un certain temps à l'interpréter. Par conséquent chacun de nous vis plus ou moins loin dans le passé selon la rapidité de son système nerveux. Nos esprits se meuvent donc tous dans un temps (et donc dans un espace) différent. Si l'on se concentre sur cette réalité, on s'aperçoit que nos sens nous limitent. Notre conscience est enfermée dans un passé proche du présent. L'instant présent existe et est déterminé avant qu'on l'observe. Notre cerveau pour nous donner une l'impression que nous vivons dans le présent interprète les instants passés en permanence de façon à prévoir l'instant présent.
C'est ce qui rend la physique quantique si difficile à appréhender car, si lorsque nous regardons loin dans l'espace nous regardons vers le passé, lorsque nous nous concentrons sur l'infiniment petit, nous cherchons à observer la réalité du présent au moment même de son existence. Ce qui se ramène, pour notre conscience à appréhender le futur de sa réalité et rends la physique quantique probable (le problème du minou zombie dans sa boîte). Si, en physique quantique, l'observation détermine l'état c’est parce que nous ne pouvons observer que le présent conscient.
 Les lois de la physique quantique sont différentes pour la seule raison qu'elles sont appliquées à un temps qui précède de peu le présent conscient. La physique quantique est la physique d'un univers présent qu'il est impossible de percevoir de par ce que j'appellerais la latence sensorielle humaine.
Les lois de la physique conventionnelle ne sont vraies que par notre interprétation des évènements passés. Celles de la physique quantique s'appliquent au présent réel qui lui est impalpable. Notre conscience le rend probable pour que lorsque l'instant présent est passé il devienne relatif et observable.

Je ne suis pas sûr d’avoir été très clair … Mais putain, ça fait du bien ;)

Allez, pour continuer dans le délire :

L'espace et le temps sont deux choses liées. On défini l'espace car le déplacement est consommateur de temps. Se déplacer dans l'espace revient donc forcément à se déplacer dans le temps. N’es-ce pas Albert ?



Par Gui²
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Mercredi 20 décembre 2006
Cela faisait 3 ans qu’il errait. Sa vie n’était qu’une succession de jours pareils à la veille. Il était encore jeune pourtant, à peine 25 ans. Damien ne savait plus trop où il en était lorsque, au détour d’une allée de sa librairie favorite, il tomba sur une bible. Il se demanda pourquoi, lui qui aimait tant lire, il n’avait jamais essayé de parcourir le saint ouvrage. Il tendit la main vers un volume luxueux, couverture en cuir, relié à la main par des moines. Lorsqu’il le saisit, il fut surpris par ce qui se dégageait de ce livre. Il était chaud au toucher. Il se surprit à le humer. Il s’en dégageait l’odeur rassurante des vieux ouvrages qu’il avalait à la chaîne chez sa grand-mère étant enfant. Une volée de sensations lui fit tourner la tête. Lorsqu’il rouvrit les yeux, le soleil commençait à décliner. Il n’avait aucune idée du temps qu’il avait passé là, immobile, à savourer les instants passés. Il n’avait aucune envie de lire les écritures, mais, ces quelques instants de bonheur méritaient à eux seuls qu’il repartit avec, malgré son coût exorbitant. La vieille libraire, habituée à vendre des éditions de poche, regarda à deux fois le visage du jeune homme. Elle n’avait, malgré sa longue carrière, jamais encore vu quelqu’un regarder un livre avec autant d’amour. C’est donc avec le plus grand soin qu’elle le lui emballa, à l’ancienne, dans une feuille de papier brun lié par une grosse ficelle. Elle n’avait plus fait ça depuis près de 30 ans. Les livres n’étaient considérés que comme du consommable et, au même titre que les couches-culottes, ne méritaient plus qu’un vulgaire sac de plastique publicitaire. Son commerce n’était d’ailleurs plus très vivant, les gens préférant les supermarchés pour acheter Goncourt et Harlequins. Elle était si heureuse du regard de Romain, qu’elle faillit oublier de lui réclamer son dû. Ce n’est qu’après lui avoir remis le paquet et voyant le garçon attendre, qu’elle revint à la réalité et brisa le silence de sa librairie des bips agressifs de sa caisse enregistreuse.
Le seuil de la librairie franchie, Romain fut surpris de ne pas avoir froid. Il se souvenait pourtant clairement du froid piquant de cette fin décembre qu’il avait ressenti en arrivant, quand le soleil venait à peine de quitter son zénith. Il marchait lentement, serrant le paquet brun contre lui. Il se dirigeait vers la station de métro par laquelle il avait l’habitude de rentrer quand, au bout de la rue, il aperçut les illuminations de noël. Il n’avait pas encore pris conscience de l’imminence des fêtes de fin d’année. Il sourit. Une fois dans le métro, il s’assit sur un strapontin. Son paquet sur les genoux, il en caressait l’emballage. La chose lui semblait si différente de ce dont il avait l’habitude. Le seul qualificatif qui lui vint à l’esprit était : vivant. Cet emballage était vivant, si loin des cellophanes habituelles, tellement plus humain. Il repensa à la vieille libraire qui l’avait fait, à ses gestes malhabiles qu’elle avait presque oubliés, à son regard perdu dans ses pensées pendant qu’elle nouait la ficelle. Lorsqu’il détacha ses yeux du paquet, il en croisa un autre qui l’observait. Un sourire s’échangea et, pour la première fois, il ne rosit pas. Pour la première fois, il ne se sentait pas gêné par le regard de l’autre. Au contraire, il apprécia. Cet instant, par contre, fut trop court, car il était temps pour lui de quitter la rame et le monde souterrain pour rejoindre son 7e étage sans ascenseur.
Arrivé devant sa porte, il y glissa la clef, fit jouer le loquet et pénétra dans la chambre de bonne. Il déposa le paquet sur son lit et retira son blouson avant de s’asseoir à côté de lui. Il le saisit et le posa sur ses genoux. Il voulait à nouveau caresser cet emballage. Il resta dix bonnes minutes ainsi, ailleurs. Il tendit une main vers une paire de ciseaux, mais ne la saisit pas. Le livre resterait enfermé. Il était si beau comme ça. Le texte qu’il contenait ne l’intéressait plus. Depuis, le paquet est conservé précieusement entre deux pulls dans un tiroir. Pour Romain, bien des choses ont changées grâce à ce voyage et, dès le lendemain, sa vie prit un nouveau tournant. Mais c’est une autre histoire.
Par Gui²
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Mercredi 13 décembre 2006
 J'écris dans un bar... c'est agréable. C'est un peu le retour au colonialisme. Je suis à une table, dans une ambiance feutrée. Je déguste un café fraîchement moulu et un muffin double chocolat sur un fond de musique jazzy. Le café a un goût de noisette. Il est doux. L'éclairage chaud de la pièce contraste parfaitement avec la lumière hivernale de l'extérieur. Les employés du lieu vont et viennent. Ils nettoient les tables, souriants et serviables. Dehors, les passants défilent, vérifiant à chaque instant la fermeture de leurs manteaux et pardessus. Un jeune couple s'arrête devant une boutique. Un regard complice précède leur départ, enlacés. Dans ma bulle, je regarde, j'écoute d'une oreille indiscrète les conversations de mes voisins. Comme ce couple à ma gauche qui parle de projets. Ils sont mignons tous les deux. C'est de l'amour qui se lit dans leurs yeux. Je me sens presque coupable de leur voler ce moment, un moment si rare. A côté d'eux se trouvent trois étudiante d'origine apparemment nordique. Jeunes filles au pair ou Erasmus, Elles échangent dans leur langue que je ne comprends pas des phrases mystérieuses. Peut-être parlent-elles des fêtes qui approchent, peut-être s'agit-il de leurs études ou du mal du pays. E me sent de plus en plus voleur à force d'observer mes voisins. De plus en plus autiste à noter ce qui se passe sans pour autant y apporter ma pierre. Sans agir. Mais j'agis pourtant. J'écris ces mots qui me passent par la tête. Et peut-être ces mystérieuses jeunes filles parlent du couillon assis là-bas au coin avec son muffin à demi dévoré et son mug presque vide. Ce garçon qui regarde un peu partout et dont les doigts dansent sur le clavier de son ordinateur. Et voilà que comme en résonance à ce que je tape, les demoiselles qui sont juste en face de moi parlent de la façon dont elles se sentent regardées lorsqu'elles lisent une bande dessinée dans le métro, alors que les autres lisent leur quotidien ou un livre sérieux. Tiens, je m'aperçois qu'il manque un petit quelque chose pour que ce lieu soit parfait. Je ne serais pas contre un coin fumeur où assouvir cette malsaine manie qui'est la mienne. Mais la perfection n'est pas de ce monde. Je devrais combattre mon addiction. Je veux encore profiter de ce moment. Mon café est presque froid maintenant, mon muffin terminé. Les passants commencent à se faire plus nombreux. L'heure de la pause déjeuner doit approcher. Ce sera alors le glas de ma tranquillité qui sonnera. Les affamés du club sandwich vont se presser en ces lieux. Ils vont papoter à voix haute, plaisanter, rire. Je n'ai pas envie de ça. Je n'ai pas envie de voir cette atmosphère si douce lentement glisser dans la cohue. Je vais donc laisser à cet homme de 35/40 ans qui vient d'allumer son ordinateur à quelques tables de moi le soin de décrire la suite. Si la muse qui m'inspire depuis 25 minutes veut bien lui souffler quelques mots lorsque, lâchement, je quitterais les lieux pour garder en mémoire et pour quelques instants seulement, cette impression de perfection.

Changement d'atmosphère. Du starbuck feutré, je suis passé au Quigley's Point. Le café y est plus amer, l'ambiance plus populaire. Je garde ma veste, ici il fait plus froid. Pourtant la musique rock à tendance blues n'est pas désagréable. Mais je ne retrouve pas le cocon de tout à l'heure. L'esprit zen qui s'est emparé de moi n'a pas pour autant disparu. Je suis étrangement calme aujourd'hui, serein.
Je ne pourrais pas dire si j'étais prédisposé à un tel calme ce matin en me levant ou si ce sont les évènements de la journée qui m'ont conditionné. Je suis bien. C'est tellement rare de se sentir aussi calme et entier. De sentir son esprit en accord avec son corps et avec l'univers environnant. J'ai aujourd'hui envie de me laisser porter par l'esprit de Noël approche, envie d'être heureux pour longtemps. Je n'ai pas envie de penser à demain, ni même à l'heure qui va suivre. Je vis dans l'instant, laissant mon esprit divaguer sur cette page. Je n'ai pourtant pas grand-chose à raconter. Je ne sais pas ce qui m'a pris de reprendre cette page en arrivant ici. L'ambiance du lieu se prête beaucoup moins à cela. Mais bon, j’y suis bien tout de même. Je ne sais pas pourquoi, je crois que je serais bien n’importe où en cet instant, ou presque.
La population ici a le dialogue plus expansif, s’en est agressif en comparaison, mais cela reste acceptable. Certains viennent manger, d’autres, certainement plus habitués, tournent au demi. La salle se remplit tranquillement, les chaises commencent à racler un peu partout. D’ici dix minutes se seront les premiers raclements de couverts. Une odeur de croque-monsieur commence à emplir mes narines caféïnées. Elle est un peu trop présente pour me faire saliver. Mon café est froid et toujours aussi amer. Mais il me rappelle la douceur de celui que j’ai bu il y a maintenant une heure et demi, et avec lui la douceur du muffin chocolat. Je repense à ce couple non loin de moi qui faisait des projets et le compare au vieux couple à côté de moi. Ils ont à priori la soixantaine. Leur regard est moins amoureux, mais l’on sent dans leur façon de se parler qu’il y a en eux une vieille complicité. Les échanges sont plus sereins, ils n’ont plus besoin de se montrer leur amour. Ils sont sûrs d’eux. C’est beau. Ce n’est pas la même beauté. Elle est beaucoup plus subtile. Les gestes sont faits à deux. Ils se complètent. Le jeune couple de tout à l’heure se séduisait encore.
Allez, il va être bientôt temps de revenir sur terre… Non seulement parce que la batterie de mon ordinateur va arriver à son terme, mais aussi parce qu’il est temps pour moi d’entrer dans la danse, d’arrêter de regarder les autres vivre et de profiter de l’énergie qui m’habite aujourd’hui.
Cette journée aura été tout de même productive. J’aurais écrit un petit millier de mots. J’aurais ressenti les choses comme je ne l’avais pas fait depuis longtemps. Mais aucun instant n’est éternel. La roue se doit de tourner et l’homme d’avancer. Alors je vais entrer dans la danse. Je l’ai assez délaissée pour aujourd’hui.
Par Gui²
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